Aquosités

C’est toujours par glissement progressif et impromptu que je travaille.

La série Trottoirs célestes entamée il y a une quinzaine d’années revenait parfois se mêler dans mes travaux suivants, comme une vivacité en sommeil qui parfois happe à nouveau mon regard .

Bien sûr j’y revenais avec des directions différentes, des sensibilités étoffées de mes autres travaux. Ainsi je me trouvais de plus en plus attiré par les reflets, l’eau, le liquide, avec la volonté commune à mes autres séries: extirper du quotidien l’insignifiant et en extraire comme un jus , s’interroger sur l’apparente opposition entre le pragmatique et le poétique. Un poteau ou du bitume fatigué ne peuvent-ils pas nous provoquer une émotion d’ordre esthétique, poétique, nostalgique ?

Glissant sur ces aquosités urbaines, j’ai voulu m’y plonger un peu plus, parfois éliminer totalement son environnement proche, envie de plonger   dans des formes, des couleurs, des brillances pour finalement aboutir à des images abstraites. Comment la réalité basique peut, lorsqu’elle est passée par un prisme déformant naturel, devenir son antonyme ? (A ce point il convient d’ajouter une précision d’ordre technique importante : c’est un travail purement photographique, je ne retouche pas, ne «triture» pas mes images, le seul traitement que je peux y appliquer est l’équivalent de ce que l’on faisait en chambre noire: luminosité, contraste, cadrage, saturation, avec cette volonté de coller au plus proche de ce que j’ai pu voir. ) C’est un travail d’ordre esthétique qui pose la question de notre rapport sensitif à la matière brute, au banal. Ne peut-on pas en écoutant notre oeil et notre imaginaire s’en échapper en y plongeant ?