Usine Plysorol

C’est en suivant la route d’Orbec au départ de Lisieux que mes pas m’ont amené ici.

Cette route semble parfois charrier des vestiges de ce qu’était une vivacité industrielle dans le pays d’Auge, comme un itinéraire d’une visite guidée d’un passé dont les nombreux stigmates, pour riches d’une histoire dense qu’ils soient, nous rappelle la difficulté et les douleurs humaines qu’a traversées, et traverse toujours, Lisieux qui comme nombre de villes dont une bonne part des fondements économiques s’enracinait dans l’industrie a subi de plein fouet les conséquences des modernisations technologiques ainsi que les logiques froides du profit à tous prix. Cette route longe l’Orbiquet, petite rivière dont l’énergie naturelle représentait l’or liquide, comme beaucoup de ces petits cours d’eau dont l’industrie avait besoin et qui semblaient cohabiter telle une association contre nature, un oxymore visuel.

Entre ces paysage verts, denses et vallonnés typiques du Pays d’Auge, et ces anciennes constructions faites de briques rouges dont les cheminées pointent parfois au dessus des arbres comme pour nous indiquer un ancien point de vie et et de brouhaha créateur, se dégage une impression étrange, une mélancolie diffuse dont la teneur visuelle m’imprègne.

C’est ainsi que je découvrai l’ancien site de l’usine de contreplaqué Plysorol au sortir de Lisieux le long de l’Orbiquet. Tournant autour du site je réussis à trouver une ouverture, et sans savoir rien de ce lieu j’entrai dans un des bâtiments et fût donc saisi. L’impact visuel, l’immensité du lieu, les couleurs vives, les nombreux rais de lumière, les résonances de mes pas, la patine et l’érosion des murs et des sols, tellement  d’impressions visuelles, sonores, olfactives  suintaient de ce lieu !

J’ai donc passé plusieurs heures à photographier le site dont l’état me faisait croire qu’il était abandonné depuis très longtemps. C’est en rencontrant une journaliste de Ouest France que j’appris que cette usine n’avait définitivement fermé qu’en 2012. Anne Blanchard-Laizé a suivi le déroulé de cette fermeture * et rencontré à de nombreuses reprises des ex-employés de Plysorol, et l’histoire de cette usine qui pourtant était première en Europe dans la confection  de contreplaqué, est malheureusement tellement exemplaire de ce que nombre d’autres ont subi: pré-licenciements, reprises, faux espoirs, revente, piquets de grèves, délocalisations, liquidation … La litanie est connue.

Voici donc les images de ce lieu tel qu’il est laissé actuellement, on y ressent comme un trouble des son ancien fourmillement d’odeurs, de sons, d’hommes et de femmes y ayant passé une partie de leurs vies.  son passé est connu, son avenir, lui, reste flou puisque l’ensemble des bâtiments est à l’abandon et nous donne encore à voir une histoire qui s’efface par petites touches d’oubli.

* http://www.ouest-france.fr/normandie/lisieux-14100/quatre-ans-apres-que-sont-devenus-les-plysorol-de-lisieux-